[ Sérieusement ] [ Le Monde en Vrac ] [ Littérature ] [ Magie ] [ Histoire ] [ La Quête de Midas ] [ Cartes ] [ Débilités Diverses ]


La Grande Bibliotheque Magique d'Eaufragile
Blog express
Messages audio
Flux RSS

Catégorie : La Quête de Midas

La Grande Bibliotheque Magique d'Eaufragile
VIP-Blog de troglodyte
  • 15 articles publiés dans cette catégorie
  • 940 commentaires postés
  • 1 visiteur connecté actuellement

  • Créé le : 03/09/2006 12:09
    Modifié : 19/08/2008 22:14

    Garçon (17 ans)
    Origine : Tol Sylvis
    Contact
    Favori
    Faire connaître ce blog



     Août  2008 
    Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
    282930010203
    04050607080910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930

    La Quête de Midas XIV-1 - Escarmouche Côtière

    16/08/2008 21:41

    La Quête de Midas XIV-1  -  Escarmouche Côtière


    S’étant précipitamment rhabillée, Narilia fonça sur le pont. Le navire était non loin de la côte, à proximité de récifs. L’équipage courait dans tous les sens, transportant des tonneaux, faisant rouler des canons, passant des armes de jets, des armes blanches, et des armes à feux de mains en mains. Il régnait sur le navire un véritable fourmillement au milieu duquel, impassible, Le capitaine McTurtîle gueulait des ordres.
    - Virez de bord ! A vos postes de combats ! Chargez les canons et les arquebuses ! Et virez de bord, bon sang ! Toi, là-bas ! va me chercher l’elfe noir ! Qu’il ramasse ses combattants !
    - Oui cap’taine !
    Narilia n’avait pas immédiatement saisi l’expression « ramasser ses combattants » Elle comprit qu’elle s’en trouvait quelque peu justifiée lorsqu’elle aperçut les Chasseurs de Dragons au complet agrippés à la balustrade de tribord. Ils lançaient des cris d’intimidations mêlés de rage et de joie à l’adresse du navire surgissant de derrière un récif pour barrer la route à l’Estafilade, sur lequel les pirates adoptaient plus ou moins la même attitude.
    Le capitaine arriva près de Narilia et déplia sa longue vue pour tenter d’apercevoir le capitaine du bateau. Puis, se parlant à lui-même, il marmonna :
    - Pfff. Aussi misérables que des mendiants et aussi sales que des orques. Tiens, d’ailleurs y’a des orques avec eux. Qui se ressemble s’assemble… Ah ! voilà ! Barbaque Barbenflamme !
    - C’est leur capitaine ?
    - Ouais. Une véritable armoire à glace, tant physiquement que mentalement. C’est une brute épaisse qui ne mène sa vie que par la force brute. En fait, son vrai nom, c’est Michel Leroux. Un crétin depuis sa plus tendre enfance. D’ailleurs, j’ai encore des comptes à régler avec lui. Oh ! Le bâtard !
    - Quoi ?
    - Ce goujat m’a fait un bras d’honneur ! s’exclama McTurtîle, outré.
    Il sortit deux pistolets de son manteau et, les yeux écarquillés, rejoignit les nains.
    Cyprius et le reste de la compagnie, excepté Papy qui devait certainement s'être barricadé dans sa cabine, arrivèrent aux côtés de Narilia.
    - Tu devrais rentrer petite, dit Sammo.
    - Je crois que c’est parti, dit Corvus de sa voix calme.
    Les nains, au comble de l’hystérie, s’étaient emparés des canons et le navire, ayant viré de bord, ne tarda pas à être en position de tir. La bataille navale s’engagea alors avec un tir quasi-simultané des deux bateaux.
    Les premiers boulets des pirates tombèrent à l’eau alors que deux des nains firent mouche dès le début.
    - Haha ! s’écria Mori. Vous n’vous attendiez pas à tomber sur plus fort que vous, hein ? Ca vous nique, hein ? Ca vous nique !
    Les tirs s’échangèrent ainsi entre ceux qui possédaient des armes à feux ou de jet. Les canons des nains firent de beaux dégâts et les pirates ne semblaient pas être à la hauteur à distance.
    Cyprius, grâce à son arbalète, tuait un ennemi presque une fois sur deux, tandis que Corvus et Sammo lançaient consciencieusement des boules de feu.
    Lili courrait à travers le navire pour lancer un peu partout des sorts de protection et seul Christian, épée et bouclier en main attendait, les jambes arquées, en traitant les pirates de lâches.
    Les nains décimaient les rangs des pirates avec une efficacité affolante. Mais l’équipage de l’Estafette n’était pas le seul à tirer, et déjà, quelques marins tombaient, atteints par des carreaux ou des balles. Certains boulets décrochaient des morceaux du navire et emportaient des matelots, ou seulement des bustes de matelots.
    Poussés par le vent, les deux navires continuaient à avancer, et, n’étant pas parfaitement parallèle, ils finirent pas se toucher. Narilia pu alors apercevoir alors quel monstre était leur capitaine. Une montagne de muscles et de graisse, édenté par le scorbut. Sa peau couverte de poils roux était rougie par le soleil et l’alcool. Il portait quelques affreuses cicatrices dont une l’avait rendue borgne, mais il ne s’embarrassait pas d’un quelconque bandeau ou œil de verre. Il portait également une barbe clairsemée et ébouriffée. Cet homme qui ne semblait pas briller par son intelligence ne s’avoua pas vaincu et, bien que désormais en infériorité numérique à cause de l’équipe de Mori, il hurla de sa voix brutale :
    - A L’ABORDAAAGE !
    Criant et riant de façon sadique (pour la forme), les forbans se jetèrent sur le pont ennemi avec des cordes.
    L’un d’entre eux atterrit juste devant Narilia et affiche un air abominablement lubrique en l’apercevant. Il est assitôt éventré d’un simple geste par Christian.
    - Fais attention à toi, conseille-t-il, avant de se jeter à corps perdu dans la bataille.
    L’elfe se remémore quelques sorts et décide d’en jeter quelques-uns aux bandits les plus proches. L’un a alors la culotte qui prend feu tandis qu’un autre décède d’une gelure au cerveau.
    Tandis que les matelots se défendent à la rapière ou au sabre et que le capitaine, bien que handicapé à cause de sa jambe, fend la foule de son sable de manière incroyablement virtuose, la compagnie d’explorateurs n’est pas en reste. Sans même dégainer sa propre arme, le panda frappe minutieusement chaque adversaire avant de l’envoyer valser par-dessus bord. Imitant Sammo, Corvus joue d’une main et de ses deux pieds, et les pirates qui sont à proximités n’ont pas le temps de dire « s’il vous plaît » qu’ils embrassent déjà le plancher.
    Mais lorsqu’il voit la vie de son bras défiler devant ses yeux, il utilise son second au bout duquel il brandissait son bâton flambant neuf orné d’une lame. Les gueux ont à peine le temps d’apercevoir une lueur que du sang jaillit de leur visage fendu en deux.
    Cyprius et Lili, dos à dos, contiennent tellement de monde à eux seuls que certains matelots s’en trouvent désoeuvrés et ne frappent qu’en de rares occasions dans le dos d’un pirate trop occupé pour faire attention à eux. Cyprius se rit à haute voix des pseudos talents de bretteurs de ses ennemis, et s’amuse à les égorger pour leur montrer à quel point il a raison. Lili, quant à elle, reste concentrée.
    Le reste des nains réservaient une surprise à leurs amis les flibustiers. Fidèles à leurs valeurs, ils avaient lâchés leurs fusils et avaient dégainé des haches et des hachettes. Ils faisaient ce qu’on appelait dans le jargon militaire nanesque, du « ménage » parmi les pirates qui ne cessaient d’affluer en nombre sur le navire.
    La situation échappe à Barbaque, le chef des pirates. Il ne s’attendait pas à ce que McTurtîle dispose de guerriers si expérimentés. Il va falloir s'enfuir. Mais avant...
    De son côté, Narilia ne tarde pas à se retrouver nez-à-nez avec un grand humain particulièrement musclé, affichant un air avide sur l'elfe qui constituait en elle-même un butin selon sa propre considération. Prise de peur et épuisée par son utilisation intensive de la magie, elle saute précipitamment en arrière. L'homme dégaine deux cimeterres et les fait tourner ostensiblement autour de ses poignets, puis il avance patiemment vers la jeune elfe.
    Resté sur son propre esquif, Barbaque Barbenflamme se précipite sur un des canons, qu'ils entreprend de charger.
    Narilia ne tarde pas à se trouver acculée à la rambarde. Une seule issue : la hauteur. Elle lance un sort qui la propulse quatre mètres dans les échelles de cordes. Elle monte vers la vigie mais le gros pirate est agile et grimpe frénétiquement.
    Le capitaine Barbaque vient de finir de charger ; de ses bras phénoménaux, il soulève le lourd canon d'acier.
    Narilia, a bout de souffle, a presque atteint la vigie. La brute continue son ascension, la visage tordu par une expression horriblement perverse.
    Barbaque pointe son arme en direction du capitaine McTurtîle.
    Le pirate lui saisit le cheville.
    Barbaque tire.




    La Quête de Midas XIII - La Sirène

    15/08/2008 23:10

    La Quête de Midas XIII  -  La Sirène


    La première semaine passa à peu près comme l’avaient prédit les nains : elle fut terriblement plate. Les moins chanceux d’entre eux avaient le mal de mer ; Gluli en était le plus atteint et vomit un jour sa bière, à son plus grand désarroi. Les membres de la compagnie passaient leur temps à boire, jouer aux cartes ou aux dés, et quelques-uns à lire. Les nains, d’ordinaire très actifs, tournaient en rond comme des lions en cage, cherchant sans arrêt quelque chose à faire. Certains, parfois, s’asseyaient non loin de la barre et observaient sur le pont l’équipage au travail. On aurait dit qu‘ils les enviaient.
    L’Estafilade avait depuis quelques jours déjà franchi le cap de l’Alliance, nommé ainsi car par lui se rejoignaient presque le Nord et le Sud des terres de l’Empire. Le cap était flanqué de deux phares que l’on pouvait apercevoir de part et d’autre de la mer, signifiant ainsi que l’on entrait (ou sortait) de la Mare Nostrum. Et cela permettait aussi aux navires de ne pas s’échouer sur les rivages durant la nuit. Ayant ainsi passé outre, le galion s’apprêtait à entrer pour de bon dans l’Océan Atlantique. Mais auparavant, le capitaine McTurtîle désirait faire une escale à Tymbale, une ville des côtes arabes de l’Empire, afin de faire une dernière fois le plein de provisions pour le voyage. Il avait alors donné l’ordre de se rapprocher des côtes.
    Ayant été annoncé que le navire referait bientôt le plein d’eau, Narilia en profita pour prendre un bon vrai bain en passant outre les règles de ration de l’eau. Dans la cale, près des tonneaux d’eau, elle remplit d’eau un bac avec un coup de main de Lili, et chauffa l’eau avec un sort simple.
    - Bon, ben je te laisse ! A plus tard, dit Lili en sortant.
    La jeune elfe se dévêtit et se plongea avec allégresse dans l’eau chaude. Elle goûta alors pleinement à sa solitude, à son moment d’intimité, plutôt rare sur un navire. Résistant à l’envie de se laisser aller au sommeil, elle se leva et entreprit de se savonner lentement. Elle passa le petit bloc de savon sur ses bras, puis sur ses épaules avec douceur, paresseusement, pour faire durer cet instant qu’elle estimait trop rare durant le voyage. Elle débarrassa son corps de l’air marin qui irritait sa peau sensible. Son corps, qui, nu à la lueur de ce seul chandelier, aurait été diablement sublime aux yeux de quiconque l’aurait vu en cet instant. Ce dos voluptueux, ces épaules fines et puissantes, ce ventre parfaitement musclé, ses hanches généreuses, ce corps enfin, toujours dissimulé par ses robes, aurait tenu béat n’importe quel personne quelle qu’en soit sa race. Un peu comme Cyprius à cet instant même.
    La mâchoire pendante, la tête en avant, les épaules basse, l’air incrédule, le cerveau de l’elfe noir semblait avoir soudainement fait grève. Lorsque Narilia se retourna, insouciante, elle sursauta.
    - Cyprius !
    Elle se rassit précipitamment dans le bac pour se dissimuler dans l’eau. Réactivant ses fonctions neuronales, l’elfe noir reprit un air dignement confus et détourna la tête.
    - Oh ! Narilia, je suis désolé… Je ne savais pas que tu étais là. Personne ne m’a dit… J’étais descendu pour boire… Mais je vais chercher un tonneau ailleurs.
    - C’est pas grave, ne t’inquiète pas. C'est juste que tu m’as juste surprise.
    - Désolé, dit-il en s’en retournant à grand pas sans plus oser lui adresser de regard.
    Elle n’eût pas le temps de terminer de son bain qu’un nouvel importun surgit dans la pièce. L’elfe replongea dans son bac et constata presque avec déception que c’était un matelot brun, plutôt grand, et surtout très agité.
    - Oh, excusez-moi mademoiselle, dit-il précipitamment.
    Elle n’eût pas le temps de répondre qu’il fut bientôt suivit de quatre de ses collègues, et ils foncèrent tous les cinq vers les tonneaux de poudre, au fond de la cale. Puis Narilia pu ouïr que la cloche sur le pont se mit à retentir. Soudainement paniquée elle demanda :
    - Qu’est-ce qui se passe ?!
    - Les pirates, répondit un marin, le visage tordu à la fois par la concentration et par la peur.






    La Quête de Midas - XII Les récits de Lili, Christian et Sammo

    29/07/2008 22:08

    La Quête de Midas - XII    Les récits de Lili, Christian et Sammo


    Les nains avaient été rangés à deux ou trois pas cabines. Cyprius et Corvus partageaient tous les deux une chambre, Papy, Sammo et Christian logeaient dans une autre, et quant à Lili et Narilia, elles eurent le bonheur de pouvoir en bénéficier d’une chacune. Située à la poupe, la cabine de Narilia était loin d’être spacieuse, mais elle était suffisamment aisée pour ce qu’elle avait à y faire, soit dormir, s’habiller, lire et écrire. A vrai dire, elle n’était pas beaucoup plus petite que sa propre chambre à Eaufragile. Un lit, une armoire dotée d’un miroir, un bureau aux rebords relevés pour éviter la chute d’objets et une petite table de chevet constituaient tout l’ameublement de la pièce, fixés aux murs. L’elfe avait également accès à une fenêtre qui lui donnait une vue imprenable sur la mer, quelques mètres au-dessus des flots.
    Les matelots avaient déjà amené ses bagages ; Narilia ouvrit son sac et entreprit de ranger ses vêtements dans l’armoire prévue à cet effet. Elle entreposa ensuite ses nombreux livres par terre, à côté de son bureau, et déposa son matériel d’écriture dans les tiroirs de son bureau. Elle cacha finalement ses plaquettes de chocolat dans un second tiroir.
    Elle voulut par la suite rouvrir le journal de Viridas Galadiur et s’y plonger à nouveau pour mieux l’étudier, entrecroiser ses récits avec les histoires officielles, et pouvoir enfin se sentir utile au groupe d’explorateurs. Mais elle lâcha bien vite ses livres : elle avait envie de rendre visite aux autres membres de l’équipe. Bravant sa timidité et sa tendance à s’effacer constamment, elle frappa à la porte de la cabine voisine, celle de Lili.
    - Oui, quoi ? répondit la prêtresse.
    Narilia entra et trouva la naine en train de se brosser les cheveux devant sa glace.
    - Ah ! Narilia !
    - Ca va Lili ?
    - Ben, heu… J’ai pas à me plaindre. La baille, c’est pas ma tasse de rhum, mais faut bien en passer par là pour arriver dans l’Ancien Monde. Et toi, ça te plaît, la mer ?
    - Ah !… répondit l’elfe d’un air rêveur. L’océan est ancré dans ma culture, et je ne peux m’en défaire, de toute manière. Néanmoins, je la préfère lorsque je suis encore à terre, je dois bien l’avouer. On a beau pouvoir porter le regard jusqu’aux confins de l’horizon, on manque d’espaces sur les navires.
    - Oui, je suis bien d’accord. C’est peut-être bizarre venant d’une naine, mais moi aussi j’ai besoin d’espace vital. Tiens, tu veux bien me brosser les cheveux ? dit-elle en tendant sa brosse à son amie. J’ai un peu de mal car ils sont trop longs pour mes petits bras.
    Avec joie, Narilia saisit la brosse et entreprit de coiffer les cheveux roux de la guérisseuse. Celle-ci reprit :
    - Les gens ont tendance à penser que les nains vivent les uns sur les autres, mais ils ne sont jamais entré dans une cité naine.
    - Ah ? C’est grand ?
    - Tu n’imagines même pas la hauteur des plafonds ! Une colonie de dragons pourrait se mouvoir aisément à Dardoise. Les visiteurs prennent nos architectes pour des fous.
    - Dis, Lili… Tu ne fais pas partie de la guilde des voleurs, toi ? s’enquit Narilia.
    - Non, je suis une fidèle du dieu Freyr, et c’est ma seule allégeance.
    - Alors, qu’est-ce qui t’a convaincue de faire partie de l’équipe ?
    Lili parut réfléchir, s’interrogeant elle-même dans le miroir.
    - Honnêtement, je n’en sais trop rien. J’avais envie de sortir, de voir du monde. De me promener, en somme. J’avais envie de changer d’air, et lorsque Cyprius, qui est un bon ami à moi depuis quelques années déjà, est venu me proposer de faire partie d’une bande d’explorateurs pour une expédition qui allait très probablement nous rendre très riche, j’ai sauté sur l’occasion. Et puis je partage un peu les mêmes passions que toi, Narilia, d’après ce que j’en sais. Moi aussi, j’ai toujours eu envie de me balader dans un donjon mystérieux et de desceller les secrets d’un bas-relief antique. Et je pense que nous ne sommes pas les seules dans le groupe, si tu veux mon avis, dit-elle avec un sourire en coin.
    - Tu veux que je te fasse une natte, un chignon ? Ou que je les laisse lâchés, comme ça ? demanda Narilia en admirant la chevelure de Lili.
    - J’aimerais bien une natte, s’il te plaît.
    Et l’elfe s’y entreprit.
    - Tu as menée beaucoup de batailles, avant ?
    - Quelques unes. En fait, celle de la semaine dernière, avec les gnolls, c’était ma quatrième. Les trois autres étaient à peu près de la même ampleur. Ca n’a l’air de rien comme ça, mais ça fait déjà de moi une guerrière d’expérience. Beaucoup repartent les pieds devant dès que ça devient sérieux.
    - Moi, c’était la première foi, dit Narilia d’un air légèrement dégoûté. Je n’imaginais pas que c’était si horrible.
    - Tu n’as pas eu de chance, car elle était bien gore, celle-ci. Il faut dire que Corvus n’y est pas allé de main morte.
    - Et voilà ! annonça soudainement Narilia, ayant terminé son ouvrage.
    - Super ! félicita Lili en tournant la tête pour admirer sa tresse.
    - Allez, allons faire un tour sur le pont !
    - Volontiers.
    Les filles sortirent de la cabine dans l’étroit couloir. Elles ne tardèrent pas à être suivies par Cyprius qui sortait également de sa cabine. Ils se retrouvèrent tous les trois face à Christian, et à Sammo. Le premier poussait ce dernier qui avait un peu de mal à passer l’écoutille en raison de son tour de taille. Les voyant arriver, Christian tapota le derrière qu’il avait sur les épaules en annonçant sur un ton de panique :
    - Dépêche-toi, Sammo, y’a les deux elfes et la naine qui débarquent.
    - Oh ! Non ! Quoique, si c’étaient les nains, je pense que je serais bon pour la raillerie à perpétuité, répondit une voix étouffée.
    - Ouais non mais dépêche, ils vont te voir.
    - Voilà… Gnnnn…
    Le guerrier panda se libéra de son étreinte avec un petit « chtonk » et parvint sur le pont, droit et digne comme un menhir. D’un air gêné, le chevalier adressa un signe de main à ses amis et rejoignit son compagnon. Bien qu’ils firent semblant de n’avoir rien eu le temps d’apercevoir, les trois comparses tentèrent tant bien que mal de cacher leurs gloussements à l’ursidé qui ne semblait pas de nature à rire.
    Sur le pont, à la poupe, non loin de la barre, Papy, Corvus, Fili, Kili et Nori étaient déjà présent. L’archéologue fumait tranquillement une pipe avec les nains en taillant une bavette, tandis que Corvus scrutait pensivement la mer et surtout la direction de Rochepluie. Ils les rejoignirent. Narilia s’appuya contre la corniche à côté de Papy et des nains. Elle remarqua une fois de plus la mélancolie de Corvus par à son acuité d’observation, mais ne fit rien et se contenta d’observer la mer. Ils étaient déjà au beau milieu de la Mare Nostrum, et pourtant certains pics étaient encore visibles à l’horizon. Partout où son regard portait, Narilia pouvait apercevoir d’autres bateaux d’autres navires qui voguaient dans diverses directions. Il faut dire que la Mare Nostrum était la mer la plus fréquentée de tout le monde connu, puisqu’elle s’étendait au beau milieu des terres de l’Empire, faisant la jonction entre les provinces du Nord et celles du Sud, et était bordée de toute une série de comptoirs commerciaux important et exportant des produits de tout l’Empire. De plus, la Mare Nostrum était, avec la Source de Cristal des hauts elfes, le seul passage faisant la jonction entre l’Océan Atlantique et la Mer Intérieure. Les flots étaient donc surpeuplés. Les accidents n’étaient d’ailleurs pas rares.
    Le chevalier s’accouda aux côtés de Narilia en compagnie de Sammo.
    - Aaaah… Pas fâché d’avoir lâché cette armure pendant ces derniers jours. Ca m’alourdit trop ce truc.
    - Oui, mais si tu apprends à vivre avec, tu finiras par t’y habituer, et tu seras aussi agile avec que sur les sables de l’arène. Enfin, ne la portes pas sur le bateau ; on ne sait jamais, si tu tombe à l’eau… répondit Sammo.
    - Tu as une armure ? s’enquit Narilia, qui n’avait pas encore vu Christian avec.
    - Bien sûr ! Je suis chevalier, quand même ! Elle est assez légère -mais bon, ça se discute- ce qui me permet d’être assez mobile quand je me bas. Je ne suis pas tout à fait un de ces bourrins qui encaissent tous les coups avec la tête et qui frappent avec le ventre.
    - Comment as-tu fait pour devenir chevalier ?
    - En fait, j’aurais du devenir fermier et assister mes parents chez nous, dans la vallée de l’Albe, répondit Christian. Mais j’ai réussit à leur faire comprendre que je voulais vivre d’aventures comme tous ces voyageurs qui passaient régulièrement dans le village. A partir de là, ils ont tout fait pour que je puisse mettre en œuvre mes rêves.
    - C’est-à-dire ?
    - Eh bien, déjà, ils m’ont nourrit, logé, et ils ont payé tout l’équipement qu’il me fallait pour que je tente de me faire un nom. J’ai commencé comme tout aventurier qui se respecte : en tuant des gobelins et des rats qui traînaient dans des caveaux. J’ai rendu énormément de services à l’église, tant et si bien qu’ils ont finit par m’entraîner, puis, au bout de quelques années par me recommander au seigneur local. J’ai effectué quelques-uns de ses missions et ai même conduit quelques troupes. C’est après avoir nettoyé tout un camp de brigands qui menaçaient gravement un village que j’ai été promu chevalier. J’avais alors largement de quoi voler de mes propres ailes et j’ai décidé de partir.
    - Et comment vous êtes-vous rencontrés avec Sammo ?
    - Ca fait déjà longtemps qu’on sillonne la route ensemble. Si mes souvenirs sont bons, je l’ai rencontré peu de temps après mon départ, à Firmament, le port à l’Est de l’Empire. Il venait tout juste de débarquer et ne connaissait la langue que par des cours. Il ne l’avait jamais pratiquée. Comme j’avais besoin d’un compagnon de route et que nous poursuivions les mêmes buts, nous avons décidé de faire route ensemble. C’était il y a déjà une dizaine d’années.
    - Tu omets les circonstances dans lesquelles nous nous sommes rencontrées, Christian, intervint le panda.
    - Aaah… Euh, ouais.
    - Quoi ? comment vous-vous êtes rencontrés ? s’enquit Narilia, curieuse.
    - En fait, j’étais complètement perdu et savait à peine parler la langue locale. Par conséquent, j’étais un voyageur seul et isolé. Je me suis réfugié dans un bar qui s’avérait être mal famé. Je n’ai pas tardé à avoir des ennuis étant donné mon physique qui a du mal à passer inaperçu dans le pays. J’ai apparemment été victimes d’insultes racistes, et Christian, qui s’était apparemment égaré aussi, est immédiatement venu à mon secours…
    - …Le cœur vaillant ! ajouta celui-ci.
    - Et l’alcool aidant, acheva le panda.
    - Aaaah, mais alors, vous aussi vous vous êtes connu dans une bagarre de taverne ? C’est curieux comme cette communion étrange fait naître les amitiés. Nous nous sommes rencontrés de la même façon avec Corvus. Et, d’une certaine manière, ça a été pareil avec les Chasseurs de Dragons.
    - Les quoi ? s’enquit l’humain.
    - Les nains. Ils s’appellent eux-mêmes comme ça, expliqua Narilia.
    - Modestes, constata Sammo.
    - Peut-être qu’ils ont vraiment tué des dragons ? Ils habitent à Dardoise, ça ne m’étonnerais pas qu’on aie besoin d’eux pour éloigner les dragons verts, dit Narilia.
    Sammo reprit :
    - A mon avis, Narilia, si les dragons voulaient vraiment la mort des nains, ils leur suffiraient d’un battement de cil pour qu’ils s’envolent en fumée.
    - Pas sûr, Sammo, réfuta Christian. Les nains et les dragons, c’est une très longue histoire, et j’en sais quelque chose. Certains dragons convoitent avidement les trésors des nains, et ne demandent rien de mieux qu’à les croquer pour le leur voler. Et ils ne sont pas les seuls : ont sait bien que les richesses attirent les cupides, et que les nains sont très jaloux de leur or. J’ai entendu dire que leurs cités forment les forteresses les plus imprenables du monde connu.
    - Il faudrait leur en parler, conclut Sammo en revêtant son chapeau d’osier pour s’abriter du Soleil qui commençait à taper fort, midi approchant.
    Les trois comparses regardèrent alors une fois encore la mer, fascinante malgré le peu de paysage qu’elle offrait.
    - Mais dites-moi, Sammo… Que veniez-vous faire dans nos contrées ruinées par la guerre contre la Horde des Orques ? demanda Narilia en brisant le silence.
    - Tu peux me tutoyer, tu sais.
    - Oui, monsieurs.
    - Pour te répondre, je fuyais la guerre. Ces terres en ont peut-être de lourdes cicatrices, mais au moins, elle est finie. En Mandarie, les hordes de centaures ravagent les plaines et rasent minutieusement chaque village. Mon peuple, n’étant ni très nombreux, ni très belliqueux, était incapable de se défendre seul face à cette immense armée déterminée et vétérante. Cependant, il avait beaucoup d’amis. Le roi panda décida de scinder notre peuple en deux : une partie s’est réfugiée chez les Yamatos, les humains occupant les archipels d’Extrême-Orient, et l’autre partie a fuit en Mandarie, chez les humains dont les sept royaumes sont fédérés autour d’un Empereur résidant à l’Ouest, près des côtes de la Mer Intérieure. Cela paraît idiot de séparer son peuple, mais j’ai compris la stratégie de notre roi : il veut jouer le rôle d’un médiateur qui réconciliera les deux peuples humains rivaux et qui les unifiera contre leur ennemi commun : les centaures. Et c’est d’autant plus malin que les territoires que nous avons abandonnés pourront servir d’étau à la horde si jamais l’alliance parvient à termes.
    - Par le bois de Sylvelain ! Quelle histoire ! C’est dommage que nous ayons si peu d’informations sur les contrées lointaines. Les seules nouvelles qui nous parviennent sont celles que rapportent les marchands qui traversent la Mer Intérieure, déplora l’elfe. Mais toi, pourquoi, lorsque tu as fuit, tu n’es pas resté en Mandarie ?
    - Le départ avait été plus que précipité, étant donné que quelques détachements de centaures attaquaient notre royaume lorsque nous sommes partis en exode. La petite armée dont nous disposions s’est entièrement sacrifiée pour permettre au peuple de s’en aller. Des magiciens, des moines et des paysans désespérés sont même restés en derniers recours pour couvrir les derniers fuyards. J’étais petit et je ne me souviens heureusement pas de tout ce que j’ai vu. Je sais seulement que dans la précipitation, j’ai été séparé de ma famille. Oh ! ne t’inquiète pas, je les ai retrouvés depuis longtemps. Seulement, j’ai grandis à l’écart, et c’est seulement à mon adolescence que j’ai cherché à les retrouvé. Ils s’étaient simplement réfugiés au Yamato, tandis que j’avais été emporté en Mandarie. - Et tu n’es pas resté avec eux, devina Narilia.
    - Impossible… Je les aimes, mais ne les connais presque pas, et ils vivent dans un pays où les mandarins ne sont pas les bienvenus. Je suis allé retrouver ma seconde famille, des moines qui m’avaient élevés en l’absence de mes parents. Mais… Comment dire.
    Le panda hésita un moment, cherchant ses mots pour expliquer ce qu’il avait ressenti.
    - Avoir retrouvé mes vrais parents mettait en branle toute ma vie, et je ne savais vraiment plus où me mettre, si tu vois ce que je veux dire. J’ai décidé de changer de vie, de partir pour l’inconnu, et de fuir cet enfer où il n’était sans cesse question que de guerre…
    - Eh bien ! Je ne pourrais jamais me vanter d’avoir eu une vie aussi mouvementée ! s’exclama Narilia en s’étirant. La mienne se résume surtout à des repas de famille et à des bouquins… C’est peut-être pour ça que je n’ai jamais été lancé dans l’aventure auparavant.
    Et, tandis que Papy et les nains déjà présents jouaient aux dés, que Corvus ne cessait d’observer vaguement le sillage du nef, et que Cyprius, affalé dans une amarre, fumait la pipe en taillant une bavette avec Lili, Mori, à la tête des dix-sept autres nains, montait sur le pont dans un chahut caractéristique de plaintes et de rires nasillards. Et les nains lancèrent en cœur un « Ouaaaaah » à la vue de l’étendue de flotte qui s’étirait sous leurs yeux.



    La Quête de Midas - XI Les voiles étarquées.

    20/07/2008 22:21

    La Quête de Midas -  XI    Les voiles étarquées.


    Le lendemain matin, Narilia était si hagarde et si mal réveillée qu’elle se rendit tout juste compte qu’elle était montée avec tous ses amis sur l’Estafilade, et que le capitaine McTurtîle tonnait de larguer les amarres. L’elfe avait fait un cauchemar cette nuit-là. Elle avait rêvé qu’un gigantesque andabate masqué tuait Papy dans une arène, mais que, enchaînée, elle ne pouvait qu’appeler Lili à l’aide « car il fallait le soigner vite ». Puis l’archéologue, se transformant en sa propre sœur, une grande et noble elfe au regard enchanteur, lui arrachait le cœur d’un air désolé sur une plage désertique. Ce mauvais rêve, en plus du couché tardif et du réveil matinal, avait achevé de l’épuiser. Elle comptait beaucoup sur ce voyage pour se ressourcer, se débarrasser de tous les soucis de l’imprévu et toutes les mornes redondances de l’habitude.
    Toute la compagnie et une bonne partie de l’équipage étaient accoudés à l’arrière du bateau et regardaient s’éloigner la terre. Les marins semblaient dans l’ensemble plutôt joyeux, mais quelques-uns -à vrai dire, les nains- regardaient déjà les quais de Rochepluie avec beaucoup de nostalgie.
    - Et voilà… Un mois à tenir sans fouler la terre…
    - Sans creuser…
    - Sans frapper…
    - En marchant uniquement sur ce parquet instable… Je sens que ça va être dur.
    - Allons, les gars, encouragea le chef des Chasseurs de Dragons, quelle est cette tête que vous nous tirez-là ? De la tenue ! et surtout, de l’optimisme !
    - Vous verrez, chers nains, dit Christian. C’est une dimension à part, un monde intemporel guidé par ses propres lois. La mer peut-être le théâtre de tragédies épiques comme elle peut-être un havre de paix débarrassé du soucis du temps qui passe. Vous devriez justement profiter de ce voyage pour faire une pause. Car j’ai ouï dire qu’à Dardoise, les nains ne sont guère paresseux. Il est encore temps de vous y mettre.
    Les yeux ne se détachaient pas du rivage. Petit à petit, le monde se teintait de bleu, et le brun, le jaune, le vert, et les quelques autre couleurs qui composaient les rivages de l’Empire s’étiraient là l’horizontale et disparaissaient peu à peu, bus par l’onde et l’azur. Seules les Perçaurores, ces immenses pics, persistaient à rappeler fièrement la présence des terres impériales.
    - Tu sembles connaître la mer, Christian, dit Corvus après un long soupir, les yeux rivés sur la minuscule Rochepluie.
    - Le panda et moi en avons écumé quelques temps, aussi bien ensemble que séparément, n’est-ce pas, Sammo ?
    - Mmh.
    - Pourquoi, toi aussi ?
    - Pas du tout, c’est la première fois que j’embarque sur un bateau. J’ai faillis le faire, il y a quelques mois, mais un événement imprévu m’a ravisé, répondit-il en regardant le sillon du navire sur les flots.
    - Tu verras, c’est toujours difficile de voir notre élément naturel disparaître à l’horizon, comme c’est toujours difficile de se refaire à une existence terrestre après. Le large, c’est une autre vie.
    - Bien parlé, garçon ! s’exclama le capitaine, faisant sursauter les deux hommes. Oups, désolé si je vous ai effrayé.
    - Non, non, c’est pas grave, répondit un nain en s’immisçant dans a conversation, la main sur son cœur battant et les yeux écarquillés.
    - Je vais vous conduire à vos quartiers, si vous le voulez bien ! Je crains que vous ne soyez obligé de dormir au minimum à deux par cabines. C’est que, vous étiez déjà nombreux à la base, mais en plus vous vous êtes amusés à m’amener des renforts, et pas des moindre, ajouta-t-il en toisant l’imposant panda.



    La Quête de Midas - XI Le Masque d'Or

    05/07/2008 20:13

    La Quête de Midas -  XI    Le Masque d'Or


    Une nuit noire, sans lune. Une nuit durant laquelle les travailleurs dorment et durant laquelle les fêtards se cloîtrent dans les tavernes. Une nuit durant laquelle les aveugles sont rois. Une nuit parfaite pour les chauve-souris. Une nuit parfaite pour lui.
    Invisible parmi les ombres, une ombre se soulève lentement dans la chambre, sans éveiller son voisin de lit. Il attrape précautionneusement quelque chose dans son sac qu’il s’empresse d’enfouir sous les draps, draps dont l’ombre se revêt pour sortir de la chambre d’un pas félin. Une fois dans le couloir, submergé par la nuit noire, il se dirige à l’aveuglette, parfaitement silencieux. Ses yeux s’illuminent soudain par un reflet provoqué par la lumière d’un lampadaire de la rue. Ce regard est dur, perçant, attentif. Des yeux de serpent glaçants et menaçants.
    Il avance dans le couloir jusqu’à une porte. Il l’ouvre, entre, et prend soin de la refermer. Il pointe son doigt sur une bougie qui s’allume alors d’elle-même, illuminant d’un faible halo la petite salle. De son drap, il tire l’objet qu’il a pris de son sac : une boule d’obsidienne noire au fin fond de laquelle scintille un lointain éclat doré. Il la pose soigneusement avec son socle à côté de la bougie qui grandit de manière fantomatique toutes les ombres de la pièce. Le détenteur de la boule respire un grand coup et place ses doigts sur celle-ci.
    - Ô mon maître, j’en appelle à vous.
    La faible lueur dorée semble alors soudainement se précipiter hors de la boule, lançant des éruptions magiques à travers toute la salle, illuminant son visage et provoquant de véritables bourrasques. L’explosion de mana finit par cesser : un visage est apparut. C’est un visage fin, doré, aux yeux vides, avec une barbiche longue et courbée, et coiffé d’une étrange couronne à l’effigie de serpent. De toute évidence, il s’agit d’un masque, mais la puissance en présence écrase le détenteur de la boule.
    - Enfin te voilà, retentit un voix apeurante, grave, mêlant douceur et violence.
    Elle est envoûtante, mais son emprise donne l’impression de tomber dans les griffes du Diable.
    - Où es-tu ? reprend la voix.
    - Dans une auberge, votre magnificence. Tout va bien, nous partons demain à l’aube. Quant aux autres, ils ne se doutent d’absolument rien. Ils sont crédules, surtout l'elfe, qui a tout avalé sans broncher.
    - C’est parfait, mon ami, constata le masque sur un ton sinistrement amical.
    - Cependant…
    - Quoi ?
    - Votre suprématie, je dois tout de même vous entretenir de quelques imprévus qui vont rendre ma tâche un peu plus difficile.
    - Qu’y a-t-il ?
    - Quelques personnes supplémentaires se sont immiscées dans le groupe. Des gens dont nous n’avions pas prévu la présence.
    - Je te sais suffisamment talentueux pour garder ton identité voilée. Ta couverture est essentielle. Personne ne doit avoir la moindre intuition sur les desseins que tu nourris en rejoignant ce groupe. Tu dois garder un masque impénétrable. S’ils se montrent suspicieux, fais-les disparaître discrètement. Car n’oublie pas : je suis ton seul ami dans cette affaire. Tu m’as promis la Main, alors tiens ta promesse.
    - Encore une fois, j’y veillerais.
    - Va, maintenant. Rejoint les esclaves qui te conduiront jusqu’à la Main, et laisse les t’accompagner jusqu’à elle. - Merci, mon divin maître. Je ne pourrais sans doute pas vous recontacter avant la fin de la traversée. Sur un navire, il est beaucoup plus difficile de se cacher.
    - Soit, j’attendrais. Au revoir, mon ami.
    - Adieu, votre grâce.
    Le masque et les effluves magiques rentrèrent tout d’un coup dans la boule et disparurent, pour ne plus redevenir que la lointaine lueur qui respirait vaguement au fond de la boule, et la nuit redevînt noire.



    La Quête de Midas - X Crues et recrues

    02/07/2008 01:41

    La Quête de Midas -  X    Crues et recrues


    Toujours en proie aux excitations dues au spectacle grandiose de ce soir, la compagnie, et surtout les nains, s’étaient réunis dans l’auberge où ils comptaient passer la nuit. Ces derniers ressassaient avec enthousiasme les moments forts du combat, en particulier la défaite de la rétiaire, celle de l’andabate, et l’entrée en scène du secutor. Le mirmillon semblaient avoir fait mouche dans le cœurs de la plupart des membres du groupe, bien que certains comme Cyprius remettaient en cause son mérite, puisqu’il avait finalement perdu. Les nains prenaient alors sa défense en clamant que le scénario était traître, qu’il ne pouvait pas s’y attendre. Narilia ajouta qu’il était désarmé et blessé et qu’il aurait eu peu de chances de s’en tirer. Et le débat continua ainsi autour de boissons plus ou moins alcoolisées, rythmée par les chants des parieurs d’une table voisine qui déclamaient le requiem de leur argent désormais envolé vers les poches des organisateurs du combat de la soirée, qui avaient bien calculé leur coup.
    Mais avant que la soirée ne fut trop avancée, deux nouveau visiteurs entrèrent dans l’auberge. L’un d’eux fut reconnu immédiatement par les aventuriers : c’était l’immense panda à l’air fermé et constamment sérieux, qui pénétrait dans la salle en ôtant un large chapeau en osier aux airs orientaux. Il était vêtu d’une simple tunique en lin et portait à son côté une longue épée à la lame courbe. La personne qui l’accompagnait était un jeune homme roux avec une grosse barbiche. Ses cheveux étaient courts, sauf derrière la tête, où il nouait ses cheveux en queue de cheval avec un ruban. Ses vêtements étaient plus riches : il s’agissait d’une tunique rouge cousue de fils dorés, de braies blanches ainsi que des bottes et des bracelets en cuir. Ses yeux verts semblaient hagards : il paraissait épuisé.
    Les deux personnages se dirigèrent vers la compagnie dès qu’ils les repérèrent.
    - Salutation belle compagnie, dit l’homme avec un sourire.
    - Bonjour, salua simplement l’ursidé.
    - Bonsoir, répondit Cyprius, curieux. Je vous en prie, prenez place.
    Les inconnus s’assirent en bout de table.
    - Je m’appelle Sammo, dit le panda de sa voix profonde, et voici Christian Honerain. J’ai pris par inadvertance connaissance de vos projets lorsque vous discutiez dans les gradins.
    L’elfe noir réprima sur son visage les signes d’un mécontentement extrême envers son inattention tant qu’il pu. Quant aux autres membres de l’expédition, ils ne semblaient pas le moins du monde fâchés de ce qu’il venait de dire. Cyprius s’adossa sur la dossier de sa chaise et fit mine de s’appuyer sur son poing pour prendre un air attentif et cacher sa contrariété, tandis que les autres étaient penchés en avant et écoutaient. Sauf Corvus qui paraissait de toute manière absent, comme à son habitude.
    - …Christian Honerain… Ne serait-ce pas le nom du mirmillon qui a combattu ce soir ? remarqua Narilia.
    - Si, c’est moi ! lança joyeusement l’homme.
    Soudain, il reçut moult félicitations et commentaires animés sur sa prestation, ainsi même que des tapes sur l’épaule et autres gestes quasiment familiers de la part des nains. Horreur, était-il déjà adopté ? se demandait l’elfe noir.
    - Vous êtes des gladiateurs, alors.
    - Un peu, depuis deux ans. En réalité, nous aimerions être aventuriers, mais nous avons du mal à trouver des quêtes qui rapportent beaucoup d’or. Alors, dans l’espoir de nous acheter un meilleurs équipement en vue de nous lancer au pillage de plus dangereux donjons, je me bats dans l’arène. Mais ces combats ne nous apportent que de quoi vivre, sans tellement nous enrichir, raconta Christian.
    - Ca alors ! Mais quel bon vent vous amène à nous parler, ô grand mirmillon ?
    - On aimerait venir avec vous, déclara sans plus de cérémonie le panda.
    Cyprius ne fut pas davantage affecté par cette annonce, il s’en doutait bien.
    - D’accord ! lança joyeusement Mori.
    Le voleur, de rage, frappa sur la table en lançant un regard apocalyptique à l’artificier. Sans se défiler, le panda continua, impassible.
    - Nous avons de l’expérience et des compétences distinctes. Christian est un sacré combattant, comme vous avez pu le constater. Mais il a reçu une formation de chevalier : il maîtrise donc quelques sorts cléricaux simples mais utiles.
    - Nous avons ce qu’il faut en prêtrise, dit Cyprius.
    - Mais nous n’avions pas de guerrier spécialisé en corps à corps, précisa Gluli, voulant faire passer cela pour une simple constatation.
    - Quant à moi, je suis un expert martial élémentaliste, continua Sammo, je sais donc lancer des sortilèges destructeurs à base de feu, de terre, d’air, d’eau ou de métal, tout en sachant très bien me battre au corps à corps. Et je dis ça en toute modestie.
    - Ah ben c’est très bien ! s’exclama Mori en se frottant les mains.
    - Nous avons déjà des magiciens, dont un qui sait parfaitement se battre, répliqua l’elfe noir sur un ton quasi-menaçant, en joignant les mains sous son nez, ses yeux gris brillant dans l'ombre. Pourquoi voulez-vous nous suivre dans cette quête dont vous ne savez quasiment rien ? Qu’est-ce qui vous motive ?
    - L’or.
    - L’aventure, répondirent en même temps les deux compères.
    Ils se lancèrent un regard étonné. Christian secoua la tête en signe d’incompréhension.
    - L’aventure.
    - L’or, réitèrent-ils alors en inversant les rôles.
    Le regard qu’ils se lancèrent alors était presque accusateur.
    - Existe-t-il de plus nobles motifs ? Moi je suis pour ! On ne sera jamais trop nombreux pour une expédition de cette ampleur ! dit Lyri.
    - J’avoue que je serais fort curieux d’en apprendre plus sur vos techniques magiques et martiales, dit Corvus. Je crois que l’on pourrait avoir beaucoup à apprendre l’un de l’autre, Sammo.
    - Et moi j’aimerais bien en savoir plus sur votre religion et la manière dont vous combattez pour elle, répliqua Lili à l’adresse de Christian avec un charmant sourire.
    - Héla, héla ! Non, c’en est assez ! entama Cyprius. Mori, au moins toi, sois raisonnable !
    - Roh, allez, quoi ! Patron ! Ne faites pas encore la gueule ! Ils sont gentils.
    Soudainement découragé, Cyprius lâcha prise. Et après avoir bu une longue gorgée de son verre d’alcool fort, il trancha. Enfin, c’est ce qu’il tentait de faire croire, mais il n’avait pas vraiment le choix.
    - Je suppose que je suis d’accord, alors.
    Mais il reprit la parole en coupant volontairement, par maigre vengeance, le transport de joie de la troupe.
    - C’est demain matin à huit heures, devant l’Estafilade, sans faute. Sinon on part sans vous.
    - Pas de problème ! vous ne le regretterez pas ! s’exclama Christian en faisant signe à l’aubergiste.
    Et tandis que la fin de la soirée prenait des allures de fête, la compagnie, Cyprius compris, en profitèrent pour faire plus ample connaissance avec leurs nouveaux amis.
    - Dites… demanda Narilia, les yeux pleins de prières. C’est votre vrai nom Sammo ?
    - Hum… Mon nom complet est Sammo-Wong Huang Lo. Mais c’est un peu long et un peu complexe pour les gens de ce pays, alors je me fais appeler simplement « Sammo ».
    - Ah, d’accord, dit-elle.
    - Dites donc, il n’a pas l’air de beaucoup aimer les étrangers, votre chef, commenta Sammo à l’adresse de Narilia qui le regardait finalement comme une petite fille regarderait un grand ourson en peluche.
    - Oh, ne vous inquiétez pas, ce n’est pas ça. En fait, cette expédition est organisée par la guilde des voleurs, et il en est ici le plus fidèle représentant.
    - Je vois...
    - Il est donc assez réticent à l’idée que des personnes qui n’aient pas été soigneusement sélectionnées par la guilde s’insurgent dans cette affaire. C’est toujours comme ça avec la guilde en général. Vous ne pouvez pas imaginer le mal fou qu’on a à y rentrer, dit Mori.
    - Mais bon, ça a bien marché pour moi et pour Corvus, le magicien, là-bas, répliqua Papy, donc aucune raison de s’en faire. Et puis, nul doute que la prestation de sire Honerain l’a impressionné.
    - Si j’ai bien compris, on est quatre à s’être immiscé dans cette aventure. Ca a du l’énerver.
    - Ouais, mais pour moi ça compte pas, je suis l’ami de l’historienne, quand même.
    - Ca l’a mis en pétard, à vrai dire, répondit Mori. Mais voilà, il est comme ça. Non seulement il fait partie de la guilde, mais en plus c’est un elfe noir, vous comprenez. Dans son pays d’origine, la colère est prétexte à trancher des têtes, et tout est prétexte à la colère.
    - En somme, vous avez de la chance d’être soumis à la législation de l’Empire, conclu Ori en riant et en brandissant sa choppe.
    Sammo ne rit pas, et conserva son air pensif et ses petites yeux plissés. Christian était déjà presque ivre, bien content de pouvoir fêter la victoire qu’il n’eût pas, désignant l’endroit où on l’avait frappé et vantant les miracles de la médecine elfique. Cyprius était parmi les nains et assistait à la discussion du mieux qu’il pouvait. Finalement, seul Corvus, manifestement tombant de fatigue, ne discutait avec personne, et c’est lorsque son front toucha la table dans un bruit sourd que la compagnie, surtout Lili par son autorité matriarcale de guérisseuse, décida qu’il était temps d’aller se coucher.
    Sammo ramassa Christian qui devait peser une plume pour lui et ils partirent pour la taverne dans laquelle ils s’étaient établis en saluant la troupe. Puis chacun regagna son lit en remerciant l’aubergiste. Narilia sentait qu’il allait être bien difficile de se lever le lendemain, mais elle espérait pouvoir terminer sa nuit une fois sur le bateau. C’est que, elle, elle n’avait pas de travail à accomplir durant la traversée.






    1 2 3 | Page suivante | Fin
    © VIP Blog - Syxtra